Yoga sur chaise : la pratique que je ne voulais pas essayer

Je voyais le yoga sur chaise comme une version édulcorée, réservée à ceux qui ne pouvaient pas faire autrement. Fin août, je me suis tordu la cheville sur un trottoir de la rue du Faubourg Boutonnet, bêtement, en regardant une vitrine. Trois semaines sans pouvoir m’agenouiller ni tenir debout longtemps, et ma belle hiérarchie s’est effondrée.

Femme en étirement assise sur une chaise
Assise, le bassin ne peut pas tricher : la torsion se fait dans le dos.

Ce que j’avais mal compris du yoga sur chaise

Je croyais que l’intérêt d’une posture venait de l’effort pour y entrer et y rester. Assise sur une chaise, la plupart de cet effort disparaît, donc je supposais qu’il ne restait rien.

Ce qui restait, en fait, c’était tout ce qui concerne le dos, les épaules et la respiration, c’est-à-dire précisément les parties qui me posaient problème au bureau depuis des années. La chaise ne retire pas le travail : elle retire les jambes de l’équation. Pour quelqu’un qui passe ses journées assise, ce n’est pas une petite différence.

Ma séance des trois semaines

J’ai pioché dans ce que je faisais déjà au sol et je l’ai transposé, probablement de travers. Une chaise en bois sans accoudoirs, prise dans la cuisine, pieds à plat, dos décollé du dossier.

Quatre choses : une ouverture des épaules bras levés, une torsion du buste d’un côté puis de l’autre, une flexion avant vers les genoux, et quelques minutes assise droite à ne rien faire d’autre que respirer. Dix à douze minutes.

Pieds posés à plat sur le sol devant une chaise
Pieds à plat, quitte à glisser un album épais sous les talons.

La torsion est celle qui m’a le plus étonnée. Assise, le bassin ne peut pas tricher en pivotant, donc le mouvement se fait dans le dos et nulle part ailleurs. J’ai senti des choses que je n’avais jamais senties au sol, où je compensais sans le savoir.

La flexion avant vers les genoux, à l’inverse, m’a paru pauvre. Assise, je n’allais pas chercher grand-chose, et je l’ai gardée surtout parce qu’elle terminait bien la série. Je la saute aujourd’hui une fois sur deux.

Les trois semaines, jour après jour

La première semaine a été mauvaise, pour une raison qui n’a rien à voir avec la pratique : j’étais de mauvaise humeur. Une cheville tordue en fin d’été, à Montpellier, quand il fait beau et que le marché est à dix minutes, c’est surtout agaçant. Je faisais mes dix minutes en regardant la fenêtre.

La deuxième semaine, j’ai commencé à y trouver quelque chose. Je m’étais installée près de la fenêtre ouest, celle par laquelle la lumière arrive en fin d’après-midi, et j’ai déplacé la séance à 17 h. Le changement d’horaire a fait plus que tout le reste.

La troisième, la cheville allait assez bien pour que je sois tentée de reprendre le sol. J’ai attendu, un peu par prudence, un peu parce que j’avais pris l’habitude. C’est cette semaine-là que j’ai compris que je n’allais pas arrêter complètement.

Ce que j’ai gardé après la cheville

La cheville a tenu de nouveau à partir de mi-septembre et j’ai repris mon quart d’heure du matin au sol. Mais je n’ai pas abandonné la chaise.

Je fais maintenant la torsion et l’ouverture des épaules à mon bureau, vers 15 h, quand mes trapèzes commencent à se plaindre. Deux minutes, sans tapis, sans me changer, sans annoncer que je fais du yoga. C’est la pratique la plus régulière que j’aie, précisément parce qu’elle ne demande aucune préparation.

Je ne dirai rien sur l’intérêt de cette pratique pour qui que ce soit d’autre, et surtout pas dans un contexte de douleur ou de blessure. Je raconte ce que j’ai fait pendant que je boitais, pas ce qu’il faut faire.

Poste de travail avec écran et chaise de bureau
Les deux minutes de 15 h se font là, sans tapis et sans me changer.

Les détails qui comptent, de mon expérience

  • La chaise : sans accoudoirs, assise ferme. Mon fauteuil de bureau à roulettes ne va pas, il tourne et le dossier recule.
  • Les pieds : à plat, ce qui veut dire que pour moi la chaise de cuisine est un peu haute. J’ai mis un livre épais sous les talons, et oui, c’est un album de bandes dessinées.
  • La durée : dix minutes assise m’ont paru plus longues que vingt minutes de yin le soir, allez savoir pourquoi.

Ce que j’en pense maintenant

Que je me suis trompée, et de façon un peu snob. J’avais classé cette pratique avant de l’essayer, sur l’idée qu’une pratique facile d’accès devait être moins intéressante. C’est faux, en tout cas pour mon dos.

Ce que j’ai perdu avec la cheville, j’ai eu la chance de le récupérer en trois semaines. Ce que j’ai gagné, ce sont deux minutes à 15 h que je fais encore aujourd’hui, et un peu de modestie sur mes jugements à l’emporte-pièce. Le soir, l’huile sur les jambes a repris sa place dès que j’ai pu masser la cheville sans grimacer.