La première fois que j’ai essayé le yin yoga, j’ai regardé l’horloge au bout de quarante secondes. Il restait deux minutes vingt à tenir sur une seule position et j’ai trouvé ça parfaitement absurde. C’était en juin. Depuis fin août, c’est la pratique que je fais presque tous les soirs, et le bolster acheté pour rien a enfin trouvé son emploi.

Ce que le yin yoga a de différent
Dans ce que j’en comprends, l’idée est de tenir peu de postures, très longtemps, en relâchant les muscles plutôt qu’en les engageant. Entre deux et cinq minutes par position. On s’installe, on attend, on sort lentement. Je note au passage que cette branche n’a même pas sa page sur l’encyclopédie en français, alors que les studios en parlent partout, ce qui donne une idée de sa jeunesse.
Mon yoga du matin ne ressemble pas du tout à ça. Le matin, j’enchaîne, je bouge, j’ai chaud au bout de six minutes. Le soir, je ne bouge presque pas et j’ai souvent froid au bout de dix. Ce sont deux choses différentes qui portent le même mot, ce qui m’a bien embrouillée au début.
Les trois premières semaines ont été pénibles
Je ne vais pas enjoliver. Tenir immobile est désagréable quand on n’y est pas habituée. Pas douloureux, désagréable. L’esprit cherche à faire quelque chose. Je me relevais pour aller chercher un verre d’eau, je vérifiais mon téléphone entre deux postures, une fois je me suis mise à ranger la pile de bandes dessinées à côté du canapé au milieu d’une séance.
Ce qui a changé, c’est le minuteur. J’ai pris un vieux minuteur de cuisine mécanique, celui que j’utilise pour mes développements photo, et je l’ai posé hors de vue. Trois minutes, je le lance, je ne le regarde pas. Ne pas savoir où j’en suis a supprimé l’essentiel de l’agacement.

La séance que je fais réellement
Quatre positions, trois minutes chacune, plus cinq minutes allongée à la fin. Vingt minutes au total, sur le tapis, dans le salon, lumière basse. Je m’appuie sur le bolster pour deux des quatre, et c’est la seule raison pour laquelle je ne regrette plus ces 45 €.
Je ne détaille pas les postures : je les tiens probablement de travers et je ne suis pas en position d’expliquer à qui que ce soit comment s’installer. Ce que je peux dire, c’est que celle où je suis assise en flexion avant est devenue la plus confortable, alors que c’était la pire en juin.
L’ordre compte plus que je ne l’aurais cru. J’ai essayé pendant dix jours de commencer par la position la plus exigeante, en me disant que j’étais plus disponible au début. C’était une erreur : je sortais de la première posture crispée et le reste de la séance passait à récupérer. En commençant par la plus facile, les quatre se tiennent.
Trois minutes, et ce qui se passe dedans
Les trente premières secondes ne ressemblent à rien. Entre trente secondes et une minute et demie, j’ai envie de sortir, et c’est le moment où je trichais en me réinstallant sans cesse. Passé deux minutes, quelque chose cède, et je ne saurais pas le décrire autrement : la position devient habitable.
C’est très exactement ce que les lectures annonçaient, ce qui m’embête un peu parce que je me demande si je l’ai senti ou si je l’attendais. Je n’ai aucun moyen de démêler les deux, et ça vaut pour une bonne partie de ce que je raconte sur ce blog.
Ce que ça me fait, et ce que ça ne fait pas
L’effet que j’observe le plus nettement n’est pas corporel. C’est que je m’endors sans faire défiler ma journée. Ça m’a surprise, parce que je n’avais pas cherché ça. Sur deux mois, j’ai eu trois nuits mauvaises, contre bien davantage au printemps, mais j’ai aussi arrêté le café l’après-midi à la même période, donc je ne tranche pas.
Côté souplesse, je n’ai rien de spectaculaire à raconter. Les hanches s’ouvrent un peu plus facilement, ce qui pourrait tout aussi bien venir du hatha du matin. Deux pratiques en parallèle, c’est commode pour tenir et détestable pour savoir ce qui agit.

Deux choses qui m’ont aidée
- La chaleur. Immobile vingt minutes, je refroidis vite, même en août avec les fenêtres ouvertes. Une couverture légère sur les jambes a réglé ça, et j’ai cessé d’écourter la dernière position.
- Un créneau sans négociation. Après la vaisselle, avant la lecture. Si j’attends d’être fatiguée, je saute. Mon massage du soir s’enchaîne d’ailleurs juste après, et les deux se tiennent mieux ensemble que séparément.
Je continue sans objectif. Ce que j’aime dans cette pratique, c’est qu’il n’y a rien à réussir : on s’installe et on attend que le temps passe, ce qui ressemble beaucoup à ce que j’aime dans le développement d’une pellicule. Pour cet automne, j’ajouterai peut-être une cinquième position, ou pas. Rien ne presse.
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