Hatha yoga à la maison : trois mois d’essais et mes ratés

Le tapis est arrivé un mardi de juillet, roulé dans un carton beaucoup trop grand. J’avais commandé un livre sur le hatha yoga quinze jours plus tôt et je m’étais convaincue que le matériel réglerait la question de la motivation. Trois mois plus tard, le tapis sert encore. Le livre, lui, a pris la poussière après le chapitre quatre.

Femme en étirement sur un tapis dans un salon clair
Sans vidéo, je ne suis plus en retard sur personne.

Pourquoi le hatha yoga et pas autre chose

Je suis arrivée au hatha yoga par élimination. J’avais essayé un cours collectif dynamique deux ans plus tôt, dans une salle du centre de Montpellier, et j’en étais sortie avec les épaules en vrac et le sentiment d’avoir couru un sprint. Le rythme ne me convenait pas. Ce qui me plaisait, c’était l’idée de tenir une position assez longtemps pour la sentir.

Le hatha, dans ce que j’en ai lu, c’est la famille de pratiques où les postures sont tenues plusieurs respirations et enchaînées lentement. La fiche encyclopédique donne une définition plus large et plus ancienne que ce qu’on trouve dans les studios, et ça m’a un peu rassurée de voir que le mot couvrait beaucoup de choses. Je n’avais donc pas à trouver la bonne version.

Je précise tout de suite que je n’ai suivi aucune formation et que je ne cherche pas à en suivre. Ce que je raconte ici, c’est une expérience de salon.

Mes trois premières semaines, ou l’art de tout faire trop vite

J’ai commencé avec une séance de cinquante minutes trouvée en vidéo. Mauvaise idée. Non pas parce que la séance était mauvaise, mais parce que je passais mon temps à relever la tête vers l’écran posé sur la table basse, ce qui annulait à peu près tout le bénéfice des positions où la nuque est censée rester longue.

Résultat de la première semaine : une douleur sourde entre les omoplates et l’impression d’être nulle. J’ai tenu dix jours, puis j’ai sauté trois séances d’affilée, puis j’ai arrêté deux semaines.

Ce qui m’a fait reprendre, c’est une remarque d’une amie libraire avec qui j’échange des bandes dessinées. Elle m’a dit qu’elle faisait quinze minutes le matin, toujours les mêmes quatre postures, et que c’était justement parce que c’était court qu’elle n’y réfléchissait plus. Ça m’a paru beaucoup plus réaliste que mes cinquante minutes.

Briques en liège et sangle de yoga posées au sol
Deux briques, une sangle : une brique aurait suffi.

Ce qui a changé quand j’ai arrêté de suivre une vidéo

J’ai donc tout réduit. Quatre postures, un quart d’heure, le matin, avant le café. Et surtout, plus d’écran.

Le changement a été plus net que je ne l’imaginais. Sans vidéo, je ne suis plus en retard sur quelqu’un. Je reste dans une position le temps que je veux, et ce temps varie énormément d’un jour à l’autre. Certains matins la flexion avant vient sans effort. D’autres matins, mes mains arrivent à mi-tibia et c’est tout. Avant, ces matins-là me donnaient l’impression de régresser. Maintenant je les trouve simplement informatifs.

J’ai aussi arrêté de compter les respirations à voix basse, parce que je me trompais tout le temps et que ça me crispait. Je compte approximativement. Personne ne vérifie.

Les quatre postures que j’ai gardées

Je ne donne pas de noms en sanskrit, d’abord parce que je les écorche, ensuite parce que je ne suis pas la personne pour expliquer comment les faire. Dans l’ordre : un enchaînement debout qui réveille le dos, une flexion avant assise, une torsion allongée d’un côté puis de l’autre, et une position jambes relevées contre le mur pour finir. La dernière est celle que je ne saute jamais, même les matins où je ne fais que ça.

Le matériel : ce que j’ai acheté pour rien

J’ai dépensé un peu plus de cent euros au départ. Voici ce que j’en pense avec trois mois de recul :

  • Le tapis (39 €) : utile, et le seul achat que je referais sans hésiter. Le mien fait 6 mm, antidérapant sur carrelage, ce qui compte chez moi où le sol est lisse et frais.
  • Deux briques en liège (24 €) : une seule m’aurait suffi. J’utilise la seconde comme cale pour mon appareil photo.
  • Une sangle (12 €) : je m’en sers une fois sur cinq. Une vieille ceinture de peignoir aurait fait la même chose.
  • Un bolster (45 €) : acheté sur un coup de tête, à peine utilisé pour le hatha. Il a trouvé son usage ailleurs, dans mes séances du soir.
  • Le livre (22 €) : bien écrit, trop dense pour ce que je cherchais. Je le feuillette encore de temps en temps.

Si je recommençais aujourd’hui, j’achèterais le tapis et une brique, et je garderais les 60 € restants.

Tapis de yoga roulé posé sur un parquet
Roulé, il restait roulé : il vit déroulé près de la fenêtre depuis.

Trois erreurs que j’ai mis du temps à voir

La première : pratiquer le soir. J’ai essayé pendant deux semaines, entre 21 h et 22 h. Je m’endormais mieux, ça je l’ai senti, mais je ratais une séance sur deux parce qu’une soirée se remplit toute seule. Le matin, rien ne vient me disputer le créneau.

La deuxième : viser la souplesse. Pendant un mois, mon critère de réussite était la distance entre mes doigts et mes pieds. C’était décourageant et un peu bête. J’ai arrêté de mesurer.

La troisième, la plus tenace : croire que si une séance ne durait pas longtemps, elle ne comptait pas. Je sortais parfois du tapis au bout de huit minutes en me disant que ça ne valait rien. Les semaines où j’ai accepté ces huit minutes sont les semaines où je n’ai sauté aucun jour.

Où j’en suis maintenant

Quatre-vingt-dix jours environ, avec peut-être dix jours manqués. Je ne suis pas plus souple de façon spectaculaire. Ce que je remarque, par contre, c’est que je m’assois différemment à mon bureau, et que la raideur du bas du dos que j’avais en me levant a nettement diminué. Difficile de dire si c’est le yoga, l’été, ou le fait que j’ai changé de matelas en juin. Je mets les trois dans le même sac.

Ce qui est sûr, c’est que c’est la première pratique corporelle que je tiens plus de six semaines. Et que ça tient précisément parce que j’ai cessé d’en faire un projet.

Je continue avec le même quart d’heure. La seule chose que je compte changer cet hiver, c’est d’ajouter une séance plus longue le dimanche, quand la matinée est libre et que la lumière entre dans le salon par la fenêtre ouest.

Depuis, deux autres pratiques sont venues se greffer sur ce quart d’heure : le yin yoga que je fais le soir, beaucoup plus immobile, et une version sur chaise que je gardais pour les semaines où je ne pouvais pas m’agenouiller.